Les hommes préhistoriques pratiquaient vraisemblablement la peinture corporelle. On parvient à dater du troisième millénaire avant Jésus-Christ des vestiges de flacons, amphores, encensoirs et boîtes à fards retrouvés depuis, ainsi que des représentations murales décrivant les usages de produits de beauté ou révélant des recettes de fabrication.
Les Égyptiens, de leur côté, connaissaient les onguents, les huiles parfumées, le maquillage et le dentifrice. Le produit fétiche de cette civilisation était le khôl. Ils recouraient à ses vertus bactéricides pour prévenir et soulager des infections oculaires, mais aussi pour protéger les yeux des fortes réfractions de la lumière émises par le sable du désert. Puis, très vite, les pharaons et leurs sujets furent séduits par la profondeur et le mystère que le khôl conférait à leur regard et de produit médicinal il devint best-seller cosmétique.
En Grèce « faire toilette » signifiait à la fois se laver et se faire belle. « Se faire une beauté » impliquait obligatoirement le recours aux fards. L’usage du maquillage, en revanche, était réservé aux homosexuels et aux courtisanes, avec du safran et de la cendre pour les yeux, de l’huile d’olive, du sel, de l’ocre, de l’huile de palme et du thym pour le corps.
Le Moyen Âge se montra plus austère et l’usage du maquillage fut condamné.
A Versailles, comme on n’avait pas de scrupules avec l’absence de propreté au palais du Roi-Soleil, on préférait cacher la réalité. Sous des litres de parfum. Bientôt, la France poussa même l’art de ces artifices jusqu’à devenir le pays phare dans le commerce du maquillage. Hommes et femmes de haut rang poudraient en effet leurs visages et mettaient même de la poussière de safran et du pollen de fleurs sur leurs cheveux.
Sous le second Empire, le fabricant de maquillage pour le théâtre Alexandre-Napoléon Bourjois en avait assez de servir à ses clients des matières trop grasses. Il eut alors l’idée de remplacer les textures de l’époque par une formule plus sèche, plus aisée à appliquer, procurant à la peau un velouté légèrement transparent. Son fard pastel Bourjois fut un triomphe. Il démocratisa le maquillage, jusqu’alors réservé aux aristocrates ou aux courtisanes.
Le tout premier mascara, lui, vit le jour en 1913. Grâce au chimiste T.L. William qui, à l’aide de poussière de charbon mélangée à de la vaseline, créa afin d’aider sa sœur, Mabel, à séduire un homme dont elle était amoureuse. Comprenant l’intérêt de sa découverte, il commercialisa son produit par correspondance et monta une société baptisée Maybelline, alliance entre le nom de sa sœur et le mot vaseline. Une marque toujours en activité de nos jours. Le mascara, composé de colorants et de cire de carnauba, était proposé sous forme de pain. Les utilisatrices mouillaient une brosse, la frottaient sur le bloc puis l’appliquaient sur leurs yeux. Le tube et la brosse, dans sa forme actuelle, furent lancés en 1957 par Helena Rubinstein.
Pour les rouges à lèvres, la progression fut plus longue. C’est en 1828 que Guerlain l’inventa. Mais c’est en 1927 que Mademoiselle Chanel commercialisa le premier tube, inspiré du canon d’un fusil. Élaboré en collaboration avec Jean Helleu, il remplaça les bâtonnets de bois imbibés de couleur alors en vogue. Coco Chanel alla plus loin ensuite en imaginant de remplir de rouge liquide un petit flacon carré. Et en 1948, elle sortit un rouge en stick, ancêtre des tubes actuels.